Humanité et solidarité: Carrefour-Rue recherche des terrains au nom de l’entraide

22 mars 2021 - Du discours sur la misère de Victor Hugo devant l’Assemblée Nationale en 1849 à la précarité qui s’aggrave aujourd’hui, la situation des sans-abri et des accidentés de la vie semble n’avoir guère changé. Contre vents et marées, sans relâche depuis cinquante ans, et toujours avec la même créativité, la même sérénité, Noël Constant, fondateur et président de la Fondation Carrefour-Rue & La Coulou, lutte à Genève contre le désarroi. Il poursuit sa recherche de terrains pour y installer des hameaux d’hébergement.

Humanité et solidarité: Carrefour-Rue recherche des terrains au nom de l’entraide

«Tignasse hirsute, barbe en friche, rides aussi profondes que la rudesse de la vie et sourire édenté, le cliché du vieux clochard a la vie dure. Aujourd’hui pourtant, la précarité touche tout le monde sans discernement. Les gens qui perdent pied, qui se retrouvent sans emploi et sans logement, sont de plus en plus nombreux depuis une vingtaine d’années et la situation s’est encore dégradée avec la pandémie». Educateur de rue, Vince Fasciani est de ceux qui sont mobilisés aux côtés de Noël Constant pour pérenniser et développer des lieux d’hébergement, de restauration, d’activité et d’aide personnalisée, qu’elle soit d’ordre infirmier, médical, dentaire, ophtalmologique ou psychologique.

Le Jardin de Montbrillant distribue 250 repas chauds par jour, contre 50 il y a quinze ans. Du côté de l’hospitalité, outre l’abri de nuit de La Coulou qui offre son toit sans limitation de durée, trois hameaux d’habitation ont vu le jour ces dernières années à Chêne-Bougeries et à Plan-les-Ouates. Sur chacun des terrains, une dizaine de studios mobiles entièrement équipés reçoivent en moyenne douze personnes seules ou avec enfants, à très bas loyers. Prénommé «Ulysse», le dernier hameau, avec ses studios percés de grands hublots évoquant l’idée de passage, à l’image des pérégrinations du héros grec, a été inauguré en septembre dernier sur un terrain communal dans le périmètre des Cherpines. Un site qui doit accueillir un nouveau quartier d’habitation, une fois les recours levés et les procédures administratives bouclées.

L’être humain n’est pas un mouton

Loin d’une aide d’urgence, c’est un véritable accompagnement à ceux qui n’ont rien ou presque rien, avec une empathie qui n’a rien à voir avec un quelconque assistanat. «Il ne s’agit pas de faire des projets à leur place, ni qu’ils se laissent passivement porter, mais plutôt de les conduire à reprendre confiance et à trouver leurs propres marques. Il leur faut du temps, des mois, un an, plus parfois. Chacune à leur rythme, environ 40% des personnes qui sont passées par ces hameaux ont retrouvé une assise», souligne Noël Constant. Né à Mâcon en 1939, livré très jeune à lui-même, il a connu une enfance chaotique. Recueilli par la communauté religieuse de Taizé en Bourgogne, il séjourne en Afrique avant de se voir intégrer dans l’armée française durant la guerre d’Algérie, puis c’est le déclic.

«L’homme fonctionne comme un mouton. Et cela ne me convient pas». Débarqué à Genève à 25 ans, il va rapidement abandonner son travail à La Clairière, prison pour mineurs, convaincu qu’il est vain d’enfermer les jeunes et qu’il vaut mieux les rencontrer avant qu’ils n’en arrivent là. Ancrée à une vision très personnelle de l’aide sociale, son action sera désormais dans la rue. Depuis, l’octogénaire se mobilise tous les jours, persuadé que «pour un problème, plus de dix solutions existent», quels que soient les contraintes à gérer et les obstacles à franchir. Utopiste engagé, il continue d’œuvrer pour un monde ouvert et solidaire, libéré de toute exclusion. A l’époque d’un repli sur soi forcené, il nous rappelle que «l’existence n’a de sens que lorsqu’elle est partagée avec d’autres».

Pour que les hameaux perdurent

Les logements provisoires sont installés sur des terrains privés, communaux ou cantonaux, mis à disposition pour des durées limitées. Sachant qu’il faut au moins deux ans pour réaliser un hameau, la Fondation recherche d’ores et déjà de nouvelles parcelles. Les deux sites de Plan-les-Ouates, «Noé» et «Ulysse» sont établis sur le futur chantier du quartier des Cherpines. «Eurêka» a été ouvert en 2014, route de Malagnou, sur un terrain de l’Etat dévolu à un projet immobilier qui devrait démarrer début 2023, suite à l’adoption d’un Plan localisé de quartier. Le temps presse, donc. Par ailleurs, les infrastructures coûtent entre 600  000 et 800  000 francs, selon la configuration du terrain. Outre le soutien de la Ville, des communes et de l’Etat, la Fondation continue de fonctionner principalement grâce aux dons de particuliers et d’entreprises. Carrefour-Rue & La Coulou compte sept postes fixes à plein temps et quelque 300 bénévoles par mois, qui contribuent à la bonne marche des divers lieux et activités. 

Viviane Scaramiglia