Le coronavirus n’aura pas la peau du coworking, Nyon s’y met avec entrain

8 mars 2021 - Alors que la méfiance s’est emparée des clients d’espaces collectifs de travail lors de la première vague du virus en 2020, dès l’été, les demandes se sont multipliées.

Le coronavirus n’aura pas la peau du coworking, Nyon s’y met avec entrain

Septembre 2018: les Nyonnais se découvraient un commerce d’un nouveau genre, avec l’ouverture de l’Atelier 9, espace de coworking en plein centre-ville. Là, dans des ateliers jadis occupés par une entreprise de peinture, plusieurs salles sont mises à disposition du public contre un paiement à la demi-journée, la journée, la semaine ou au mois. En tout, 200 mètres carrés équipés pour que les individus puissent venir travailler dans de bonnes conditions. Outre des tables et une connexion Internet, on y trouve des salles de réunion, des casiers de rangement, une petite cuisine, des canapés, des imprimantes et, naturellement, une machine à café. Pour Roland Schaller, cofondateur de l’Atelier 9, il s’agissait alors de surfer sur une tendance toujours plus affirmée mondialement: «L’avantage du coworking, c’est que l’on n’a pas à s’embarrasser d’un bail à loyer et que l’on conserve ainsi une certaine indépendance». Il y a deux ans, l’entrepreneur imaginait l’évolution des modes de travail se dérouler ainsi: soucieux de qualité de vie et de mobilité douce, les employeurs permettraient de plus en plus à leurs employés de travailler un jour ou deux par semaine depuis leur domicile; parallèlement, ces employés, troublés par la vie familiale au moment d’effectuer leurs tâches à distances, chercheraient des solutions transitoires à proximité de chez eux. Ainsi la raison d’être des espaces de coworking nyonnais: permettre aux employés de quitter leur foyer sans pourtant aller jusqu’à Genève ou Lausanne.

La crise passe par là

Mais voilà que la Covid-19 est passée par là. Un «formidable» - si l’on ose dire - coup d’accélérateur pour l’Atelier 9 et ses confrères. «Il est clair que la crise sanitaire a donné un coup de fouet au home office, poursuit Roland Schaller. Tout comme il est vrai que le virus a épuisé les employés devant travailler de leur maison». Là encore, donc, le coup est double et la réussite avérée. Avec un petit bémol toutefois: «Si beaucoup de gens ont continué de venir travailler dans nos espaces collectifs depuis la seconde vague, on remarque depuis quelques jours une réelle lassitude». Et pour cause: la loi implique d’y porter le masque. «Les gens n’en peuvent plus de porter ce masque huit heures par jour». A Nyon, l’Atelier 9 vient d’acquérir 100 nouveaux mètres carrés, à 50 mètres de ses locaux de base, pour y proposer, cette fois, des bureaux privatifs. «Nos clients veulent travailler dans des conditions sanitaires sûres, en n’ayant pas à porter de masque. Le bureau privatif, certes plus cher, répond à leurs attentes». Un bureau privatif qui ne serait pas choisi qu’en raison de la crise sanitaire. «Il faut l’avouer, nous remarquons que la mentalité a un rôle à jouer. En Suisse, les gens aiment encore pouvoir disposer d’un bureau personnel, où ils peuvent stocker leurs affaires. L’open space n’est pas encore plébiscité par tout le monde».

Progression constante

Les bonnes nouvelles, on les trouve également chez Regus, entité du groupe international IWG, présent dans 120 pays, qui construit et loue des bureaux aux particuliers, et notamment à Eysins (Nyon), Etoy et Lausanne. En Suisse, le groupe possède - avec 51 centres - près de 100 000 m2 de bureaux, découpés en trois catégories: les espaces privatifs (85%), les espaces collectifs de coworking (15%) et les salles de réunion. Au niveau mondial, le groupe assure que la progression annuelle de ce type de services est de 30%, ce depuis près de dix ans. Quant au coronavirus, il a été un révélateur: «Au début de la première vague, en mars et avril 2020, les gens avaient très peur de venir dans nos espaces collectifs, explique Garry Gürtler, directeur général de Regus. On a senti le vent tourner en mai 2020, mais on se demandait encore si ce n’était qu’une compensation de la baisse des mois précédents. Il s’est avéré que non: depuis juillet 2020, les demandes ont très significativement augmenté». De fait, selon Garry Gürtler, quelque chose a changé auprès des grandes entreprises: «Jusqu’avant la Covid, les assurances et les banques refusaient l’idée que leurs employés travaillent à distance, soucieuses de la préservation de données sensibles. Mais le virus les a obligées à revoir les choses. Et depuis, c’est une nouvelle ère qui s’ouvre». 

Rodolphe Haener